jeudi 10 décembre 2015

Cinéma québécois: Henri Henri


Cinéma québécois: Henri Henri



Comédie fantaisiste réalisée par Martin Talbot sorti en 2014 mettant en vedette Victor Andrès Trelles Turgeon.

Résumé : Un orphelin, nommé Henri, est élevé dans un couvent et il y développe une passion pour le remplacement des ampoules électriques. Devenu adulte, il est obligé de quitter l'endroit, car les religieuses, rendues vieilles, ont vendu le couvent. Timide et embarrassant, Henri doit alors se débrouiller seul dans la ville. Il trouvera un emploi comme lampiste et s'éprendra pour une jeune femme. Henri va tenter d'accomplir ce qu'il sait le mieux faire: illuminer la vie des gens.

Critique : J'ai réussi à apprécier ce film dans toute sa légèreté. L'attention portée aux couleurs m'a frappé lorsque je l'ai regardé. En effet, il semble y avoir une aura verte qui entoure le jeune homme. Cela contribue à l'impression étrange que le personnage principal laisse derrière lui. Un peu trop religieux pour notre société moderne, Henri a parfois des allures d'extra-terrestre à cause de son obsession pour les ampoules ainsi que par sa difficulté à établir des liens avec les autres. Toutefois, sa bonté lui confère un air charmant. L'histoire tourne autour de la métaphore "illuminer la vie des gens" dont les différents sens délimitent les diverses couches de profondeur du film. Sans avoir été ébloui, je suis satisfait de constater ce qu'a pu faire Martin Talbot avec des moyens limités. Je recommande ce long-métrage pour ceux qui souhaitent passer une soirée agréable en ayant un léger sourire sur les lèvres.

Bientôt à l'écran: The Revenant



The Revenant

Bande-annonce


Western de Alejandro Gonzalez Inarritu qui va sortir à la toute fin de 2015 ou aux débuts de 2016 mettant en vedette Leonardo DiCaprio. Ce film est basé sur l'histoire réelle de Hugh Glass.

Histoire de Hugh Glass : Durant les années 1820, Hugh Glass, trappeur américain, fait partie d'une expédition comprenant une centaine d'hommes dont le but est de suivre la rivière Missouri afin de trouver de nouvelles routes de commerces pour la traite de fourrure. Parti seul en éclaireur, il tombe face à face avec une mère ourse, accompagnée de ses petits, qui l'attaque. Hugh Glass réussit à abattre l'animal avec l'aide de deux autres trappeurs, mais il écope de sévères blessures et tombe dans le coma. Ses deux compagnons vont le laisser pour mort et rejoindre le reste du groupe, mais le moribond va reprendre conscience. Hugh Glass va alors retourner seul au camp le plus près qui est à plus de 320 km en luttant contre la gangrène, la faim et les amérindiens hostiles tout en ayant à l'esprit de se venger des deux lâches qui l'ont abandonné.

Commentaire : J'attends avec impatience de pouvoir aller voir ce film qui promet. L'histoire racontée est tout simplement extraordinaire et j'espère que le long-métrage pourra y faire honneur. Toutes les chances sont de ce côté car le réalisateur Inarritu a reçu l'Oscar du meilleur réalisateur en 2015 pour son film Birdman. De plus, Leonardo DiCaprio est un acteur de premier plan reconnu pour ses performances dans le Titanic, Catch me if you can, Shutter Island et Le Loup de Wall Street entre autres. Le film a été tourné dans l'Ouest canadien en utilisant la lumière naturelle seulement. J'ai hâte de voir le résultat.

Analyse: Rosemary's Baby


Analyse : Rosemary’s Baby



Film d’horreur psychologique de Roman Polanski sorti en 1968 mettant en vedette Mia Farrow, John Cassavetes, Ruth Gordon et Maurice Evans. Ce long-métrage est une adaptation du livre d’Ira Levin.

Résumé : Au milieu des années soixante, on retrouve Guy Woodhouse, qui est un comédien sans grand succès et sa femme Rosemary, qui s’occupe de la maison. Le jeune couple s’installe dans un vieil édifice de New York reconnu pour avoir autrefois abrité de sordides personnages. Dans l’appartement voisin, qui communiquait auparavant avec le leur, vit un couple de personnes âgées, Roman et Minnie Castevet, qui s’impose rapidement dans la vie des nouveaux arrivants. Lors d’une nuit étrange, Rosemary tombe enceinte et soudainement, la carrière de son mari se met à aller mieux. Cette grossesse est douloureuse et les voisins s’en préoccupent beaucoup, voire trop pour qu’elle soit normale…

Critique : Même si l’histoire ne contient que très peu de lieux et de personnages, Polanski a réussià créer un excellent film. La sobriété a suffit pour que le spectateur ressente la pesanteur du huis clos oppressif. En effet, la peur a été générée sans avoir recours à une panoplie d’effets spéciaux. Les rares mouvements de caméras contribuent à l’atmosphère étouffante. Pour ce qui est de l’intrigue, on sent très bien le gouffre dans lequel s’enfonce Rosemary. Il y avait plein de références à la religion. Par exemple, on peut lire clairement sur un magazine lu par Rosemary « Is God dead ? ». Par ailleurs, pendant que les deux époux discutent, la télévision annonce l’arrivée du pape. Des détails subtils comme le septième étage de l’établissement, qui peut faire penser au septième ciel, ou bien l’ascenseur qui symbolise le passage vers un autre monde ont ajouté beaucoup de profondeur. Ce long-métrage représentait très bien les années soixante durant lesquelles l’on s’est mis à délaisser les valeurs religieuses au profit des libertés laïques, notamment pour les femmes. Mia Farrow a merveilleusement interprété son rôle de ménagère qui reste à la maison, mais qui porte en elle le désire de s’émanciper. La scène de la procréation est digne d’un grand mérite. Étourdie, Rosemary se couche en compagnie de son mari et on ne sait pas si ce qu’elle vit est réel ou si cela relève du monde des rêves. J’ai aimé l’enchaînement de plans absurdes ainsi que les effets de surimpression qui ajoutaient un aspect délirant. La musique a apporté une atmosphère inquiétante et l’on sentait le mal rôder autour de Rosemary sans qu’il n’y ait jamais rien pour faire sursauter le spectateur. Bref, ce film est excellent tant pour sa forme simple et efficace que pour ses nombreuses couches de compréhension.

mardi 1 décembre 2015

Analyse: Dahlia Noir


Analyse : Le Dahlia Noir



Film noir de Brian de Palma sorti en 2006 mettant en vedette Josh Hartnett, Aaron Eckhart, Scarlett Johansson et Hilary Swank. Le film est basé sur le roman de James Ellroy, lui-même inspiré d’un meurtre réel.

Résumé : À Los Angeles dans les années quarante, les enquêteurs Dwight Bleichert et Lee Blanchard retrouvent le corps d’une jeune femme, Élizabeth Short, découpé en deux. La coopération des deux policiers amène Bleichert à rencontrer Kay Lake, la copine de Blanchard, dont il s’éprend bien que celle-ci ne fasse que l’aguicher sans aller plus loin. Lors de son enquête, Bleichert fait également la connaissance de Madeleine Linscott, sosie de Elizabeth Short qui charme à son tour le policier.



Éléments du film noir

Ville : (1min.30s) Au tout début du film, une scène montre une bagarre générale qui oppose des matelots, des militaires, de policiers et des hommes habillés en civils. Des bâtiments sont défoncés; des voitures brûlent; les blessés gisent au milieu de la rue ; tout cela dans le chaos le plus absolu. Une voix de radio expliquant la situation déchainée informe le spectateur que l’histoire se déroule à Los Angeles, comme c’est si souvent le cas dans les films noirs. La ville est présentée comme un endroit incontrôlable où la violence règne plus que la loi. Cela préfigure le crime terrible qui sera commis.

Cupidité : (1h32min.) Dwight Bleichert est chez Kay. Celle-ci lui demande de changer des tuiles brisées dans le plancher de la salle de bain. En défaisant le tout, le policier découvre une trappe secrète contenant plusieurs liasses de billets de cent dollars. En interrogeant Kay, Bleichert se rend compte que Blanchard a volé de l’argent à des criminels et que c’est ainsi qu’il réussit à faire étalage d’un luxe bourgeois. La cupidité a empoisonné le cœur des personnages. L’amour de Kay pour Blanchard est nourri par l’argent. Celui-ci lui a payé ses études et lui a offert une vie d’abondance avec lui. Le spectateur est tout autant déçu que Bleichert qui se sent trahi et dont le sens de la justice est bouleversé pour des questions d’argent.

Femme Fatale : (49 min.) Bleichert rencontre Madeleine Linscott dans une voiture noire. Le policier pose des questions à la demoiselle. Cette dernière, ennuyée d’avoir à justifier ses actions, propose à l’enquêteur de faire ce qu’il voudra pour que son nom n’apparaisse pas dans les journaux. Bleichert accepte le rendez-vous qui lui alloue l'accès à la maison des Linscott. Madeleine est vêtue d’une somptueuse robe noire à décolleté plongeant. Ses lèvres sont pulpeuses; sa voix suave; son maquillage et ses cheveux sont aussi arrangés de façon à augmenter l’effet de ses talents d’aguicheuse. Le fait que Mademoiselle Linscott fume n’est pas anodin non plus; cette action indique qu’elle s’élève au rang des hommes afin de les soumettre à l’aide de ses charmes. Pour toutes ses manières d’agir, Madeleine incarne la femme fatale par excellence.

Celui qui cherche la vérité : (20min.14s) Le chef du poste de police annonce la présence de Raymond Nash, un criminel particulièrement violent, dans la ville. Bleichert regarde des photos de l’homme en question. On entend les pensées de l’enquêteur qui décrivent les atrocités commises par ce bandit. Bleichert montre sa volonté de faire payer ses crimes à Raymond Nash. Cette scène est un bon exemple d’un représentant de la loi qui recherche la vérité. Dans l’histoire, la plupart des policiers sont malhonnêtes et Bleichert, même s’il n’est pas complètement un être de lumière, s’efforce de punir les malfaiteurs qui le méritent.

Renforcement de l’érotisme : (1h7min.40s) Les enquêteurs interrogent une jeune femme qui a tourné un film pornographique avec Elizabeth Short peu avant qu’elle soit assassinée. Les policiers se réunissent dans leur salle de projection pour voir s’ils pourraient en tirer des indices. Dans le film tourné en noir et blanc, on voit deux femmes en pleins ébats sexuels. Elizabeth Short est attachée et semble être là contre son gré. La scène se termine quand Lee sort brusquement de la salle, visiblement furieux de ce qu’il a vu. L’érotisme est clairement renforcé étant donné que la victime elle-même a tourné dans un film de nu. Une certaine cruauté est véhiculée à travers cette scène qui montre la sexualité comme un moyen facile pour ces deux femmes de se procurer de l’argent. Le spectateur n’est pas à ses aises d’être voyeur d’un tel fil, car il comprend le contexte sombre entourant les actrices.

Sadisme : (1h43min.) Bleichert réussit à entrer dans une petite cabane qui est en fait la scène du crime. Il y découvre un matelas imbibé de sang ainsi que des outils vraisemblablement destinés à la torture. En se relevant, Bleichert pose les yeux sur une affiche, également tâchée de sang, représentant un clown sur lequel on a pratiqué un « Glasgow smile ». Le sadisme est évidemment véhiculé par ce lieu où l’on a coupé en deux la victime. Le tout provoque le dégoût chez le spectateur qui est frappé par la violence des actes ; ce qui contribue à l’atmosphère sombre.

Musique Jazz : (18min.25s) On voit Bleichert danser avec Kay au milieu d’une foule qui célèbre le Jour de l’An 1947. L’intérêt est clairement placé sur la musique car le band qui fait danser les gens est placé sur la scène. La chanson entendue, « In the Mood » de Glenn Miller, est un standard jazz qui a connu un énorme succès à l’époque. Dans le cas présent, cette musique illustre bien l’étrange gaieté qui unit le triangle amoureux composé des deux détectives et de Kay. Bien que la demoiselle danse et embrasse Bleichert, cela ne semble pas vraiment déranger Lee. 

Plongées/Contre-plongées : (1h18min.) Bleichert entre dans un immeuble pour trouver Bobby DeWitt, bandit qui pourrait mettre Kay en danger, avant que Lee ne le tue. Le criminel attendait un de ses amis pour faire une magouille. Bleichert le plaque au mur et le questionne. Bobby réussit à se libérer quand un inconnu intervient et il s’enfuit en montant les marches d’un escalier. Lors de cette scène, de nombreux personnages sont assassinés. Des angles de caméras en plongée et en contre-plongée sont créés par le dénivelé de l’escalier. Dans les films noirs, ces plans sont réputés pour annoncer une suite inquiétante en créant une ambiance dramatique. Le spectateur doit alors s’attendre à voir des personnages mourir.

Éclairage sombre et contrasté : (26min.43s) Après avoir découvert le corps d’Elizabeth Short, Les deux enquêteurs s’en vont chez Kay. Lee Blanchard est particulièrement affligé et il se fait agressif avant de quitter l’endroit. Lors de cette scène, on cadre l’extérieur de la maison tandis qu’il fait nuit. Les ombres sont très évidentes sur les murs extérieurs blancs et quand les personnages bougent, cela agite les contrastes créés. Les costumes foncés des messieurs contribuent à l’éclairage tout comme les vêtements pâles et la chevelure blonde de Kay. Les longues ombres qui forment des lignes le long de la maison suggèrent l’expressionnisme allemand, ainsi que le clair-obscur en peinture. Cela ajoute une couche à l’atmosphère pessimiste présente dans le film.

Policiers corrompus : (4min.17s) On convoque Bleichert au bureau des mandats d’arrêt pour lui offrir un poste. Toutefois, cette entrevue n’est pas anodine. On souhaite organiser un combat entre Bleichert et Lee Blanchard, tous deux boxeurs, afin de servir de couverture à une proposition qui vise à augmenter les salaires des policiers. Bleichert, croyant s’engager afin de combattre des criminels, se retrouve impliqué dans un spectacle malhonnête qui n’a pour but réel que d’apporter encore plus d’argent au chef du commissariat. Le spectateur peut se questionner sur l'éthique de nos policiers réels.


Critique : Ce film m’a quelque peu déçu. Malgré les acteurs réputés, les personnages n’avaient pas une charge émotive profonde et semblaient unidimensionnels ; ce qui ne les rendait pas très crédibles. L’intrigue était complexe, comme il fallait s’y attendre, sauf que je ne me suis pas senti surpris par le dénouement. J’ai plutôt eu la simple impression que la conclusion servait à donner un peu de sens à l’histoire. Le suspens n’y était pas. Enfin, je ne suis pas familier avec ce genre cinématographique, alors cela n’a pas aidé la cause. Visuellement, ce long-métrage était très beau. De Palma a été fidèle au style type des films noirs avec des éclairages contrastés et une atmosphère générale sombre. Les décors ont été très réussis ; les voitures de l’époque étaient sublimes tout comme les coiffures des personnages. J’ai été impressionné par un très long plan subjectif offrant au spectateur le point de vue de Bleichert lorsqu’il fait son entrée chez la famille Linscott. En somme, ce film très moyen nécessite une concentration accrue et des attentes modérées pour être compris, mais il possède tout de même un certain attrait pour l'œil.